Le Hameau de Lourmarin, Paul Guigou

Le Hameau de Lourmarin, 1868, Paul Guigou

Le Hameau de Lourmarin, 1868, Paul Guigou, huile sur toile, 25,5 x 41 cm, collection particulière

Attention, peinture addictive ! Paul Guigou (1834-1871) n’a pas eu le temps de connaître la célébrité de son vivant. Il est mort en 1871 (quelques mois après Bazille, mais d’une congestion cérébrale et pas à la guerre). Il a eu le temps de fréquenter les Manet, Sisley, Monet, Bazille au café Guerbois à Paris et puis il tomba complètement dans l’oubli après sa mort. Les Duranty, Geffroy, Duret, Mauclair, Mantz, Zola dont les articles encensaient ou anéantissaient les peintres, ont zappé Guigou après sa mort . Mais depuis 30 ans quelle revanche ! La lumière de Guigou, son dessin resté classique mais sans sècheresse, rencontrent un succès grandissant, d’abord et surtout outre-atlantique.

S’il a peint Marseille ou l’Estaque, Guigou est d’abord le peintre de la Durance et du Lubéron, des rivières à sec l’été, des lavandières, des champs et des rochers. Ici il nous montre une vue bucolique et délicate de Lourmarin, avant Albert Camus (qui y est enterré), avant les hordes d’estivants.

Mais quand on parle de la découverte de la lumière et de la peinture claire par les impressionnistes après 1870, il ne faut pas oublier que quelques-uns en Provence ou ailleurs avaient déjà un peu avant capté la lumière, et l’air qui passe entre les fleurs des champs.

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Paul Guigou et la lumière provençale

Photo Lourmarin : Courtesy The Athenaeum, rocsdad

Lavandière, Paul Guigou

Quand le cadrage est novateur et qu’en plus la lumière illumine la toile, on s’aperçoit que la tradition classique a du plomb dans l’aile !

Paul Guigou Lavandière

Lavandière, 1860, hst, 81 x 59 cm, Paul Guigou, musée d’Orsay.

L’artiste, originaire du Vaucluse, a quitté Marseille pour Paris en 1863, avant de mourir à 37 ans en 1871 d’une congestion cérébrale. Il était ami du montpelliérain Bazille, et tous deux auraient dû faire partie des impressionnistes si la mort ne les avait fauchés avant. Guigou est d’abord le peintre des Alpilles, de la Durance et de la Provence. C’est un coloriste né, ses ciels sont lavés par le mistral, ses pierres chauffées par le soleil, mais c’est aussi un grand dessinateur. Courbet l’inspire, mais sans le désir du maître d’Ornans de « choquer le bourgeois ». Après sa mort, Guigou fut très vite oublié et redécouvert seulement au tournant du XXe siècle. Il est représenté à Orsay, à Boston, Chicago ou Washington et dans quelques musées de province en France mais il est très étonnant de constater que la plupart de ses toiles sont toujours dans des collections privées. La dernière rétrospective importante qui lui a été consacrée a eu lieu à Marmottan en 2005.

Cette composition, aux nuances de beige, de bleu et de gris exceptionnelles a été reprise presque à l’identique dans un autre tableau en 1862 (collection particulière), qui représente cette fois deux lavandières. Ce tableau de a fait l’objet d’un don de Paul Rosenberg (oui, le grand-père d’Anne Sinclair) au musée du Louvre en 1912.

À l’époque de notre tableau, Guigou est encore à Marseille. Son art, comme celui de Manet et ses amis quelques années après, est ignoré par les gens qui comptent dans le milieu artistique. Seuls quelques artistes et de très rares amateurs du sud de la France apprécient les oeuvres de Paul Guigou. Au nombre de ceux-ci, on trouve un certain Paul Gachet (celui de Cézanne et Van Gogh) qui est en train de terminer ses études de médecine à Montpellier.

30/11/2015

Photo Courtesy The Athenaeum, Irene