L’Enlèvement des Sabines et la belle Adèle de Bellegarde

 

David L'Enlèvement des  Sabines David

Jacques-Louis David. L’Enlèvement des Sabines (détail), musée du Louvre

Quand Adèle de Bellegarde était le modèle de David

 

L’Enlèvement des Sabines de Jacques-Louis David

Il y a des tableaux auxquels nous sommes confrontés dès l’enfance, et qui, par leur force, leur sujet, le talent de l’artiste, nourrissent plus que d’autres notre imaginaire. Qu’on apprécie ou pas Jacques-Louis David, son Enlèvement des Sabines ne peut pas nous être inconnu. Il a illustré nos livres d’histoire ou de latin, nos visites scolaires au musée du Louvre, et plus tard nos visites tout court.

Qui était Adèle de Bellegarde ?

Adèle de Bellegarde (1772-1830), fille du marquis des Marches, habita dans son enfance l’hôtel de Bellegarde à Chambéry durant l’hiver et le château familial (à la limite du Dauphiné et de la Savoie) durant l’été. Elle dut épouser à l’âge de quinze ans son cousin germain Frédéric de Bellegarde, de vingt ans plus âgé qu’elle, militaire au service du roi de Sardaigne, même après le rattachement de la Savoie à la France en 1792. Adèle de Bellegarde habite alors à Chambéry, pendant que son mari guerroie.

Le 14 décembre 1792, la Savoie est française et des commissaires de la Convention arrivent, il s’agit de l’évêque constitutionnel Grégoire, de Jagot, ancien juge de paix, de Philibert Simond, prêtre défroqué, et Hérault de Séchelles, noble de robe engagé dans la Révolution (détail ici). Adèle s’engage pour la Révolution et devient la maîtresse de Hérault de Séchelles. Celui-ci a alors 33 ans. Sa prestance, son éducation nobiliaire contrastent agréablement avec les manières de la racaille qui l’entoure. Adèle abandonne ses deux enfants, et le suit à Paris, où le Conventionnel aristocrate ne tarde pas à devenir suspect.

Lorsqu’il monte à l’échafaud, il aperçoit dans la foule un bras de femme, une main crispée. Adèle est là pour lui dire Adieu. Celle-ci est évidemment arrêtée à son tour et emprisonnée à Saint-Lazare, où elle attend la mort. Mais le 9 Thermidor met fin à la Terreur et abat la guillotine.

Pour regarder différemment le tableau lors de votre prochaine visite au Louvre

Adèle se retrouve à Paris, seule, sans moyen de subsistance. Elle est présentée par Mme de Noailles à Jacques-Louis David. Le peintre réalisait alors L’Enlèvement des Sabines (1796-1799). Adèle est une belle jeune femme de 24 ans, brune aux longs cheveux noirs, et David lui propose de poser, seins nus pour son tableau. Elle accepte et, ironie du sort, la mère qui a abandonné ses enfants piémontais (qu’elle ne reverra jamais) pose pour la femme agenouillée dont les bras demandent la grâce pour les petits enfants.

À méditer quand vous passerez devant le tableau dans la salle des « Grandes Machines » ! (avec votre guide VisiMuZ, évidemment )

Musée du Louvre tome 2

Photo VisiMuZ d’après wikimedia commons (https://commons.wikimedia.org/wiki/File:F0440_Louvre_JL_David_Sabines_INV3691_rwk.jpg Ust: Mbzt)