Parution de Suzanne Valadon, la liberté sans concession

 

Quelle destinée que celle de Suzanne Valadon ! Nous avons voulu lui rendre hommage au travers d’une importante monographie de 208 pages qui replace son œuvre de dessinatrice et de peintre au cœur de sa vie.

François Blondel est l’auteur de ce beau-livre relié (21,8 x 28,8 cm). Avec 264 peintures et au total 306 reproductions, il permet de mieux connaître une peintre dont l’œuvre a été appréciée de ses pairs masculins 50 ans avant que le grand public ne commence à s’intéresser à elle.

Vous pouvez l’acheter sur notre site ici : https://www.visimuz.com/valadon

L’Enlèvement des Sabines et la belle Adèle de Bellegarde

 

David L'Enlèvement des  Sabines David

Jacques-Louis David. L’Enlèvement des Sabines (détail), musée du Louvre

Quand Adèle de Bellegarde était le modèle de David

 

L’Enlèvement des Sabines de Jacques-Louis David

Il y a des tableaux auxquels nous sommes confrontés dès l’enfance, et qui, par leur force, leur sujet, le talent de l’artiste, nourrissent plus que d’autres notre imaginaire. Qu’on apprécie ou pas Jacques-Louis David, son Enlèvement des Sabines ne peut pas nous être inconnu. Il a illustré nos livres d’histoire ou de latin, nos visites scolaires au musée du Louvre, et plus tard nos visites tout court.

Qui était Adèle de Bellegarde ?

Adèle de Bellegarde (1772-1830), fille du marquis des Marches, habita dans son enfance l’hôtel de Bellegarde à Chambéry durant l’hiver et le château familial (à la limite du Dauphiné et de la Savoie) durant l’été. Elle dut épouser à l’âge de quinze ans son cousin germain Frédéric de Bellegarde, de vingt ans plus âgé qu’elle, militaire au service du roi de Sardaigne, même après le rattachement de la Savoie à la France en 1792. Adèle de Bellegarde habite alors à Chambéry, pendant que son mari guerroie.

Le 14 décembre 1792, la Savoie est française et des commissaires de la Convention arrivent, il s’agit de l’évêque constitutionnel Grégoire, de Jagot, ancien juge de paix, de Philibert Simond, prêtre défroqué, et Hérault de Séchelles, noble de robe engagé dans la Révolution (détail ici). Adèle s’engage pour la Révolution et devient la maîtresse de Hérault de Séchelles. Celui-ci a alors 33 ans. Sa prestance, son éducation nobiliaire contrastent agréablement avec les manières de la racaille qui l’entoure. Adèle abandonne ses deux enfants, et le suit à Paris, où le Conventionnel aristocrate ne tarde pas à devenir suspect.

Lorsqu’il monte à l’échafaud, il aperçoit dans la foule un bras de femme, une main crispée. Adèle est là pour lui dire Adieu. Celle-ci est évidemment arrêtée à son tour et emprisonnée à Saint-Lazare, où elle attend la mort. Mais le 9 Thermidor met fin à la Terreur et abat la guillotine.

Pour regarder différemment le tableau lors de votre prochaine visite au Louvre

Adèle se retrouve à Paris, seule, sans moyen de subsistance. Elle est présentée par Mme de Noailles à Jacques-Louis David. Le peintre réalisait alors L’Enlèvement des Sabines (1796-1799). Adèle est une belle jeune femme de 24 ans, brune aux longs cheveux noirs, et David lui propose de poser, seins nus pour son tableau. Elle accepte et, ironie du sort, la mère qui a abandonné ses enfants piémontais (qu’elle ne reverra jamais) pose pour la femme agenouillée dont les bras demandent la grâce pour les petits enfants.

À méditer quand vous passerez devant le tableau dans la salle des « Grandes Machines » ! (avec votre guide VisiMuZ, évidemment )

Musée du Louvre tome 2

Photo VisiMuZ d’après wikimedia commons (https://commons.wikimedia.org/wiki/File:F0440_Louvre_JL_David_Sabines_INV3691_rwk.jpg Ust: Mbzt)

Albert Marquet, ses voyages, sa vie, son œuvre

C’est avec un brin de fierté et un peu d’angoisse que nous annonçons la parution d’Albert Marquet, ses voyages, sa vie, son œuvre.

François Blondel est l’auteur de ce beau-livre relié (21,8 x 28,8 cm). Il comprend 184 pages et 305 reproductions couleur des tableaux et dessins de Marquet.

C’est aussi la seule monographie en vente pour l’artiste.

Vous pouvez l’acheter sur notre site ici : https://www.visimuz.com/marquet

Tableaux spoliés durant la guerre. Pourquoi tant de flou ?

Gustave Caillebotte. La Seine à Argenteuil, bateaux au mouillage, ancienne collection Armand Dorville

Gustave Caillebotte. La Seine à Argenteuil, bateaux au mouillage, ancienne collection Armand Dorville, un tableau spolié restitué ? ou non ?

 

Une volonté politique réaffirmée, une base de connaissances importante…

 

Le contexte

Le sujet des spoliations des juifs par les nazis est plus que jamais d’actualité. Trente-trois ans après le président Jacques Chirac en 1995, Édouard Philippe, Premier ministre, a voulu donner une nouvelle impulsion au processus de restitution, à l’occasion de la commémoration de la rafle du Vél’d’Hiv, le 22 juillet 2018.

Après avoir rappelé l’installation de la commission Mattéoli en 1997, et la création de la CIVS (Commission pour l’indemnisation des victimes de spoliations) deux ans plus tard et leurs résultats (le versement de plus de 500 millions d’euros d’indemnités au titre des spoliations matérielles, et de 53 millions d’euros au titre des spoliations bancaires), Édouard Philippe a ajouté : « Il est un domaine dans lequel nous devons faire mieux : celui de la restitution des biens culturels. Vous le savez : dans les collections nationales, se trouvent de nombreuses œuvres dont les juifs ont été spoliés durant l’Occupation. Des biens que l’État n’est pas encore parvenu à identifier dans leur totalité, encore moins à restituer. Je ne mésestime pas les difficultés concrètes que posent ces opérations. Mais nous ne pouvons pas nous satisfaire de cette situation. C’est une question d’honneur. Une question de dignité. De respect des victimes de ces spoliations, de leur mémoire et de leurs descendants. C’est pourquoi, j’ai décidé de doter la CIVS d’une nouvelle compétence, celle de pouvoir recommander la restitution de ces œuvres ou, à défaut, d’indemniser les personnes concernées. »

Une Mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés entre 1933 et 1945 a donc été créée le 5 juin 2019 sous l’égide du Ministère de la culture, pour donner plus de poids aux recherches menées depuis 1945.

La construction d’une base de connaissances

La mise en œuvre des spoliations a suivi des processus très variés : le vol direct par Goering ou Hitler, l’envoi vers les dépôts du Reich, les échanges avec des marchands, la vente aux enchères publiques de « biens israélites », la vente privée à des receleurs, le paiement en nature de collabos, etc.

À la Libération, les propriétaires d’objets spoliés ont dans un premier temps décrit les tableaux qui leur avaient été volés.

En 1947, a été établi un Répertoire des biens spoliés en France durant la guerre 1939-1945 qui sert encore aujourd’hui de référentiel pour nombre de collections.

Deux problèmes distincts se posent : les tableaux disparus (lost) d’une part et les tableaux retrouvés (found) dont on ne connaît pas les propriétaires d’autre part.

L’État a ainsi créé la notion de MNR (Musée Nationaux Récupération) pour les objets retrouvés. Plusieurs organismes collaborent avec les Musées nationaux pour la recherche des tableaux MNR. D’autres organisations se penchent sur le sort des tableaux perdus.

Les efforts dans ce domaine ont abouti à la construction de plusieurs bases de données d’objets spoliés, perdus et/ou trouvés. Les plus importantes sont publiques et en accès libre. Mais ces bases de données sont aujourd’hui peu mises à jour et ont une fiabilité très relative.

 

… mais une mise en œuvre délicate

Le problème est que 75 ans après cette période, le marché de l’art ne fait pas forcément de recherche sur la provenance des œuvres mises en vente, que la vente soit privée ou publique.

Chez VisiMuZ, notre conviction est que pour retrouver les tableaux recherchés, il faut d’abord les identifier sans ambiguïté, et cette condition préalable n’est pas souvent respectée dans les bases de données d’objets spoliés.

À titre d’exemple, dans la base de données de l’ERR project (errproject.org), qui répertorie les objets passés à Paris par l’ERR au Jeu de Paume, 64 réclamations portent sur des tableaux volés de Pierre Bonnard. Après l’analyse que nous en avons faite, 7 tableaux soit plus de 10% du total, sont en réalité des doublons, et le total est de 57 tableaux et non de 64.

Mais, même sur les tableaux identifiés, la recherche de provenance n’est pas toujours explicitée.

Gustave Caillebotte. La Seine à Argenteuil, bateaux au mouillage, ancienne collection Armand Dorville

Gustave Caillebotte. La Seine à Argenteuil, bateaux au mouillage, ancienne collection Armand Dorville

Le tableau ci-dessus appartenait à Me Armand Dorville, célèbre avocat parisien juif, conseil entre autres de Béatrice de Camondo. Me Dorville est mort de mort naturelle en 1941 dans son château de Cubjac. Comme il était juif, le gouvernement de Vichy s’appropria le château et son contenu, et mit la collection en vente aux enchères à Nice. Le tableau a été vendu lors des ventes de « biens israélites » des 24-27 juin 1942 à l’hôtel Savoy de Nice (lot n° 231, vente du cabinet d’un amateur parisien [Me Dorville]). Cette vente est évidemment une vente forcée. Le régime de Vichy avait volé l’héritage de Me Dorville, et sa famille a ensuite presque entièrement disparu dans les camps de la mort. Trois autres œuvres (J.L. Forain, Constantin Guys) de la collection Dorville ont été retrouvées en 2013 dans la collection de Cornelius Gurlitt et font l’objet d’une enquête du musée de Berne.

La présence de ce tableau dans la collection Dorville et la date de sa vente en 1942 sont attestées par une mention dans le catalogue raisonné des œuvres de Gustave Caillebotte par l’institut Wildenstein (Marie Berhaut, 1994, n° 277).

Cette mention est d’ailleurs rappelée dans la description faite par la maison de vente lors de la dernière vente du 23 juin 2010 à Londres (lot n° 10, vendu 3 289 250 GBP).

Rappelons que ces crimes de spoliations ne peuvent faire l’objet de prescriptions et que les réclamations sont toujours valides de nos jours.

Dans le cas d’un tableau spolié non restitué, les acheteurs seraient alors tenus de le restituer, sans être dédommagés, aux héritiers du propriétaire légitime, une particularité qui fait régulièrement la une des bulletins d’information.

Le tableau de Caillebotte ci-dessus provient d’une collection spoliée. A-t-il été restitué et quand ?

La question est alors toute simple. Si le tableau a fait l’objet d’une restitution aux héritiers après la guerre, pourquoi aucune mention n’en est-elle faite ? Ce serait évidemment de nature à rassurer les éventuels acheteurs ! Si ce tableau n’a pas été restitué, pourquoi personne n’a-t-il fait de rapprochement entre une vente issue d’une spoliation et ce tableau ? Et dans les deux cas, pourquoi ce flou ?

Cette question, nous l’avons posée, pour plus de vingt tableaux déjà. Sans obtenir de réponse !

Photo VisiMuZ d’après catalogue maison de vente