La Neige, Boulevard de Clichy, Paul Signac

La Neige, boulevard de Clichy, Paul Signac

La Neige, boulevard de Clichy, 1886, hst, 46 x 65 cm , Paul Signac, Institute of Art, Minneapolis

En 1886, Paris a déjà été profondément transformée. Le percement des avenues, le gaz, l’électricité sont apparus (mais l’éclairage électrique n’arrivera boulevard de Clichy qu’en 1889). Encore 15 ans et ce seront les premières voitures automobiles. Paul Signac (1863-1935) est en encore tout jeune, il n’a que 23 ans. Il travaille avec Seurat et Pissarro depuis 2 ans environ et ils mettent au point le divisionnisme (ou pointillisme). Ce n’est que le 19 septembre de cette année 1886 que le terme « néo-impressionnisme » apparaîtra (sous la plume de Félix Fénéon). En 1886, Van Gogh arrive aussi à Paris et il va y découvrir la couleur. Il deviendra l’ami de Signac en janvier 1887.

Notre tableau réalisé en janvier 1886 et repris avec une touche plus pointilliste en avril-mai est exposé en mai. Dans la Revue Moderne du 20 juin, Jean Ajalbert écrit : « Au boulevard de Clichy, la bourrasque tourbillonnante accroche de la neige aux arbres, aux maisons, aux tramways. Le paysage lilas-mauve, violet, s’opalit au loin ; autour du poste de secours, dont le réverbère de verre rouge apparaît sur la façade rayée d’alternatives bandes de briques blafardes ou sanguinolentes ».

Signac peindra peu de paysages de neige, il préférait la mer. Mais dans cet hiver 85-86, il réalisa sur ce thème quelques chefs-d’œuvre. Charles Angrand en 1901 lui reprochera de ne pas avoir plus poursuivi dans cette voie : « Vous avez trop peu d’effets de neige dans votre vie ». Mais les quelques tableaux qu’il nous a laissés sont assez remarquables.

18/01/2016

Photo wikimedia commons Paul_Signac_-_Snow,_Boulevard_de_Clichy,_Paris_-_Google_Art_Project Usr Dcoetzee

Le Port de Saint-Tropez, Paul Signac

Le Port de Saint-Tropez , Paul Signac

Le Port de Saint-Tropez, 1901-02, hst, 131 x 161,5 cm, Paul Signac, musée national de l’art occidental, Tokyo

Paul Signac est arrivé (sur son voilier Olympia, ainsi nommé en hommage à Édouard Manet) à Saint-Tropez en 1892. Enchanté par l’endroit, il s’y installe et achète une maison : « La Hune ». Depuis, il n’a de cesse de peindre les bords de mer et surtout le port. À propos de cette toile, Signac écrit à son ami, le critique d’art Félix Fénéon (lettre, 13 février 1902) :

« Ici, calme. Commencé une assez grande toile. Port de Saint-Tropez. Arabesque bleu (quai, tonneaux, pêcheurs, filets barque) sur un fond très orangé (maison, clocher, tartanes, cargo-boat, torpilleur, brick, goélette) ».

Le peintre-yachtman se fait ici plaisir en montrant différents types de gréements, propices à des variations de formes et couleurs. Lorsque la toile sera exposée au Salon des Indépendants, le critique H. Bidou écrira, dans L’Occident (juin 1902) :

« Le sujet, conformément à son éclat et sa magnificence, s’enferme dans des lignes tournantes et constitue un ovale. L’architecture de cet ovale est marquée non seulement par les lignes, mais par les couleurs. L’arc inférieur (bateaux, pêcheurs du premier plan) est bleu tandis que l’arc supérieur, qui le prolonge et tourne dans le ciel, s’amincit et s’évapore en nuages couleur de laque. Dans l’ellipse formée par ce cadre froid d’outremer, de violet et de rose, resplendit au contraire l’or des maisons et des eaux… »

Joli compliment à l’artiste, n’est-il pas ? Un tableau pour se réchauffer dans cette grisaille de fin d’automne.

02/12/2015

Photo wikimedia commons : Paul_Signac_-_The_Port_of_Saint-Tropez_-_Google_Art_Project Usr DcoetzeeBot.

Le Port au crépuscule, Saint-Tropez, Paul Signac

Le Port au crépuscule, Saint-Tropez – Paul Signac

Le Port au crépuscule, Saint-Tropez, Opus 236, 1892, Paul Signac, collection particulière.

En 1881, Signac habitait à Asnières. Ce n’est pas loin du Petit-Gennevilliers et, au Cercle de la Voile de Paris, Caillebotte a pris sous son aile ce jeune peintre qui a le goût de la navigation. Signac a acheté alors son premier bateau, une périssoire qu’il baptisa par provocation Manet-Zola-Wagner, trois noms scandaleux à l’époque. Il passe à la voile avec Le Tub, un nom qui est aussi un calembour entre le sujet de la femme à sa toilette, popularisé par Degas, et le bateau qui se remplit à la gite. Le Tub coulera dans la Seine le 14 septembre 1890 sans qu’il y ait de blessés (Félix Fénéon et Maximilien Luce étaient aussi à bord). Mais plus que la Seine, c’est d’abord la mer qui attire Paul ! Il passe les étés de 1885 à 1890 à Saint-Briac. En 1891, il passe commande de l’Olympia, ainsi nommé en hommage à Manet (qui était décédé en 1883), avec lequel il va aller à Concarneau puis rejoindra, sur les conseils d’Henri-Edmond Cross, Saint-Tropez, en passant par le canal du midi, accompagné par l’ami Théo van Rysselberghe.

Après une escale au Lavandou, où Théo débarque, Paul Signac arrive en solitaire à Saint-Tropez en mai 1892. Ce jour-là soufflait un fort vent d’est. Signac est donc arrivé sous voile au vent-arrière, et une fois la jetée passée a affalé rapidement. Tout s’est bien passé et son audace et sa maîtrise lui ont valu l’enthousiasme des pêcheurs présents qui l’ont salué avec leur casquette. Il écrit à sa mère : « Depuis hier je suis installé et je nage dans la joie. À cinq minutes de la ville, perdu dans les pins et les roses, j’ai découvert un joli petit cabanon meublé. Devant les rives dorées du golfe, les flots bleus venant mourir sur une petite plage, ma plage et un bon mouillage pour Olympia. Dans le fond les silhouettes bleues des Maures et de l’Esterel – j’ai là de quoi travailler pendant toute mon existence – c’est le bonheur que je viens de découvrir ». Tombé sous le charme de l’endroit il y achète la villa La Hune, qui appartient toujours à ses descendants. C’est aussi l’occasion d’évoquer une grande dame : Françoise Cachin (1936-2011), première directrice du musée d’Orsay (1986-1994) puis directrice des musées de France (1994-2001), était la petite-fille de Paul Signac.

Jusqu’en 1894, Signac le peintre donnera à chacun de ses tableaux un numéro d’opus ou des titres évoquant la musique (Allegro, Adagio).

27/10/2015

Dim 65,4 x 81,6 cm
Photo wikimedia commons The Port at Sunset. Saint-Tropez. Opus 236. 1892 (масло, холст)..jpg Usr Aesopus