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Le Moulin à Knokke, Camille Pissarro

Le Moulin à Knokke, Camille Pissarro

Le Moulin à Knokke, 1894, hst, 65 x 54,1 cm, Camille Pissarro, collection particulière

Camille Pissarro (1830-1903) a voyagé assez régulièrement, malgré son manque chronique d’argent. Mais ce père de famille nombreuse (il a eu 8 enfants) n’était jamais très loin quand ses enfants avaient besoin de lui. En 1894, il projette un voyage en Belgique à l’été 1894, où il doit d’une part retrouver Théo Van Rysselberghe afin de travailler avec lui et d’autre part aider son fils Félix (1874-1897) à s’installer à Bruxelles.

Mais l’actualité le rattrape. Suite au vote des lois sécuritaires dites « scélérates » par le gouvernement, le 24 juin 1894, un anarchiste italien du nom de Caserio assassine le président de la République Sadi Carnot à Lyon, rue de la Ré(publique) aux cris de « Vive l’Anarchie ». Le gouvernement vote alors des lois encore plus répressives, assigne à résidence les personnes fichées comme anarchistes, et expulse les étrangers.
Or Pissarro est de nationalité danoise (né à Saint-Thomas, il a gardé sa nationalité) et un sympathisant connu des anarchistes. Il est abonné au Père peinard et à La Révolte, deux journaux anarchistes. Son fils Ludovic-Rodolphe (1878-1952) publie également en cette même année 1894 ses premières gravures dans le Père Peinard.
Alors Camille craint de recevoir la visite de la maréchaussée. Il part plus vite que prévu, emmène Julie, sa femme, et Félix, leur fils. Ils rejoignent l’ami Théo et commencent par visiter Anvers, Bruges, Gand avant de s’établir pour plusieurs mois à Knokke-sur-mer, où la famille de Van Rysselberghe met à leur disposition une villa.

Pissarro écrit[*] le 30 juillet à Durand-Ruel, son marchand :

« Le hasard des choses m’a conduit à Knokke-sur-Mer, un petit trou tout neuf pour moi et gentil pour le peintre. J’ai commencé une série de choses qui vous plairont, je l’espère : des moulins, des toits rouges, des dunes […] D’un autre côté, je crains que comme étranger, ami de Mirbeau, Paul Adam, Fénéon, Luce, Bernard Lazare, je ne sois pour ce simple motif inquiété ou expulsé, il est donc bien possible que je sois amené à me fixer soit en Belgique soit en Angleterre. Si, par ce fait, je restais dans un de ces pays, pourrai-je compter sur votre concours pour m’aider à vivre, à travailler, comme vous l’avez fait jusqu’à ce jour ? »

Durand-Ruel, n’oubliant pas ses affaires, va lui répondre par retour « qu’il serait enchanté de continuer les bonnes relations avec [lui], seulement les affaires étant désastreuses, il faudrait baisser les prix ».

À Knokke, Pissarro va travailler assez dur pendant 3 mois. Il réalise diverses aquarelles et 14 toiles, dont certaines seront finies en atelier après leur retour à Éragny et jusqu’en 1902.

Nous avons commencé à essayer de localiser les toiles de Knokke. L’une est à Orsay (Église de Knokke), deux sont au Tel-Aviv Museum of Art (Le Vieux Moulin à Knokke, et La Maison rose, Knokke-sur-mer). Notre tableau du jour a été vendu à New York en 2007 (pour 1 million de dollars), un autre (Les Dunes de Knokke) a été vendu à Drouot en 2013, un troisième (Vue de Zevekote, Knokke-sur-Mer) est passé aussi en vente publique en 1992. Mentionnons encore une autre version des Dunes à Knokke (collection particulière), une toile intitulée Maisons à Knokke (collection particulière). Il en manque 6. Nous ne savons pas dans quelles collections elles se trouvent. Si vous avez des informations, n’hésitez pas à nous remonter celles-ci.

Notons toutefois que Pissarro n’a pas été tenté par la mer mais plus par l’intérieur des terres, la campagne et le village. D’un point de vue pictural, 1894 est aussi une année charnière pour le peintre. Il s’était rallié en 1886 au divisionnisme de Seurat. Après la mort de ce dernier en 1891, Pissarro va peu à peu reprendre sa liberté. Il s’est rendu compte que la méthode ne lui convenait pas totalement et réutilise une touche plus large.

[*]. Janine Bailly-Herzberg, Correspondance de Camille Pissarro, 3, 1891-1894, Paris, Éditions du Valhermeil, 1988.

14/12/2015

photo courtesy wikiart.org