Nu au collier de corail, August Macke

Nu au collier de corail, August Macke

Nu au collier de corail,1910, hst, 83 x 60 cm, August Macke, Sprengel Museum, Hanovre

Une œuvre de jeunesse d’un artiste (il a vingt-trois ans) qui ne connaîtra pas la maturité puisqu’il meurt au front quatre ans plus tard.

Macke a été d’abord fortement influencé par les impressionnistes français suite à de nombreux voyages d’études à Paris. Mais en 1909-1910, sa vie a changé. Il a d’abord épousé en 1909, Élisabeth Gerhardt. August en était amoureux depuis qu’il avait fait sa connaissance, alors qu’il n’avait que seize ans. Les jeunes mariés ont quitté Bonn pour habiter à Tegernsee, petite ville au bord d’un lac au sud de Munich. Durant cette période de bonheur, Macke a peint près de deux cents toiles, dans lesquelles l’influence de Cézanne et celle des Fauves (Dufy, Vlaminck, Van Dongen, Matisse) se font fortement sentir. Dans ce nu sensuel, on retrouve aussi l’influence du sculpteur Aristide Maillol dont Macke a vu les œuvres dès 1908.

Élisabeth a-t-elle posé pour ce tableau ? Ce n’est pas impossible et semble plausible, par rapport à la période de création et quand on compare le tableau avec des photos de la belle jeune femme.

Le thème du Nu au collier de corail va resurgir un peu plus tard (en 1917) dans l’œuvre de Modigliani (nous en parlerons dans le tome II de sa biographie à paraître chez VisiMuZ).

30/04/2016

Photo The Athenaeum, Usr : rocsdad

La Chapellerie, August Macke

August Macke, La Chapellerie

La Chapellerie, 1914, August Macke, Musée Folkwang, Essen

Nombre des toiles d’August Macke sont au Lenbachhaus à Munich, mais celle-ci est à Essen (Ruhr, au nord de Cologne).

L’amitié de Klee et Macke, qui s’est traduite par le fameux voyage en Tunisie d’avril 1914, allait bouleverser leur conception de la peinture et de la couleur. On a eu le temps de voir l’évolution de Klee. Malheureusement, Macke allait mourir le 26 septembre 1914. Comme disait Prévert en 1946 :

Rappelle-toi Barbara

Toi que je ne connaissais pas

Toi qui ne me connaissais pas

Rappelle-toi

Rappelle-toi quand même ce jour-là

N’oublie pas

…/…

Et ne m’en veux pas si je te tutoie

Je dis tu à tous ceux que j’aime

Même si je ne les ai vus qu’une seule fois

Je dis tu à tous ceux qui s’aiment

Même si je ne les connais pas

…/…

Oh Barbara

Quelle connerie la guerre[*]

Mais un peu de légèreté ne nuit pas aujourd’hui, à l’image de ce « fucking croqu’enbouche » qui a fait le buzz hier. Alors parlons chiffons.

En juillet 1914, August était parti comme chaque année avec sa famille au bord du lac de Thoune (Suisse) à Hilterfingen. Ses peintures de cette période sont inspirées par le paysage et surtout les boutiques de la vieille ville. Macke connaissait Robert Delaunay et sa série des Fenêtres simultanées de 1912-13, une des étapes importantes vers l’art abstrait. La fragmentation des plans s’apparente au cubisme mais avec un choix de lumières et de couleurs très différent qui explose et donne un rythme à la peinture. On les retrouve ici à l’arrière-plan, de la vitrine et dans les chapeaux exposés. Un aspect statique et géométrique se retrouve a contrario dans la posture de la jeune femme et la façade en pointes de diamant. Notons que les intérieurs et vitrines de chapeliers ou de modistes sont assez fréquemment utilisées par les peintres. On peut citer (liste non exhaustive) Degas, Renoir, Marquet, Bonnard, Picasso et bien sûr Jean Hélion (1904-1987) chez qui les « mannequineries » ont été le thème de nombreuses séries.

18/11/2015

[*] Barbara, poème de Jacques Prévert, chanté par Yves Montand ICI

Photo wikimedia commons August_Macke_Hutladen licence CC-PD-Mark usr Rlbberlin 60,5 × 50,5 cm

Terrasse de la maison de campagne à Saint-Germain, August Macke

Terrasse de la maison de campagne à Saint-Germain August Macke

Saga Hebdo 2/2

Terrasse de la maison de campagne à Saint-Germain, 1914, August Macke, LWL-Museum für Kunst und Kultur, Münster.

Dans un premier temps, ce sont les couleurs qui frappent dans cette aquarelle très certainement réalisée sur place, c’est-à-dire dans la maison de Saint-Germain dont nous avons parlé hier.

Mais on doit souligner l’importance des recherches formelles étudiées par Macke et ses amis à cette époque. Déjà Cézanne puis les Nabis avaient mis à mal la perspective classique et le cubisme va naître une dizaine d’années avant ce voyage. En 1907 paraît en Allemagne un livre de Wlilhelm Worringer (Abstraktion und Einfühlung) « Einfühlung » peut se traduire incomplètement par « empathie esthétique » ou « identification » dans laquelle l’artiste est confronté à la recherche de l’illusion de la profondeur et de l’espace. Celle-ci a été initiée dans la peinture des Grecs, reprise par les Italiens de la Renaissance puis développée dans toute la peinture européenne. Worringer présente l’Abstraction et l’Einfühlung comme les deux pôles de la création, opposant les conceptions arabo-musulmanes de l’art décoratif avec celles de l’Europe.
Notre tableau du jour est encore inspiré de l’idéal de la Renaissance. Macke utilise des lignes de fuite pour suggérer la profondeur, mais comme Klee hier, il utilise des formes géométriques simples (triangles, carrés, rectangles) pour bâtir son paysage. Macke est venu en Tunisie pour la couleur mais aussi pour tenter une synthèse entre les univers picturaux de l’Occident et de l’Orient.
En 1912 déjà, dans l’almanach du « Blaue Reiter » il avait écrit : « Le croisement de deux styles donne un troisième style nouveau… l’Europe et l’Orient ».

Pour finir, nous savons par le Journal qu’a tenu Paul Klee de cette période, que Macke et Moilliet étaient en permanence en train de plaisanter, et que Klee se sentait un peu mal à l’aise dans cette ambiance de calembours et d’humour potache, au sein de laquelle il avait de la peine à se situer.

Macke était grand, fort, souvent jovial, et sa peinture respire cette joie de vivre, qui le rend encore aujourd’hui vecteur de petits moments de bonheur pour le spectateur.

03/10/2015

Dim : 22,7 x 28,7 cm
Photo Wikimedia commons August_Macke_048.jpg Usr Eloquence